Nos amis les humains

Un homme et un femme se retrouvent prisonniers dans une cage. Ils ne savent pas où ils sont, ni comment ils sont arrivés là. Ou alors vaguement. Un brouillard s’est levé derrière eux, puis les souvenirs se sont envolés. L’amnésie. Quelqu’un -ou quelque chose- les observe, chuchote et les nourrit régulièrement.

Petit à petit, Samantha et Raoul vont se révéler, se raconter leur vie et donner leur vision du monde. Au delà de leurs différences, entre la jeune artiste dresseuse de tigres et le scientifique coincé, ils ont des points communs. Notamment leur manque de réflexion profonde concernant les expérimentations scientifiques sur les animaux. La jeune femme reproche beaucoup de choses au scientifique : la vivisection par exemple.

Lui, indique que ça permet de faire des expériences pour les hommes, afin de leur éviter les démangeaisons et les allergies.

Les hamsters qu’on met sous des lampes UV pour voir l’effet des crèmes sur le corps ?

C’est pour mieux faire bronzer les hommes rétorque le scientifique.

On coupe la tête des singes pour voir si elle fonctionne sans le reste du corps ? C’est pour mieux soigner les migraines etc.

Entre celui qui expérimente et celle qui profite, le fossé est-il si grand que ça ? Est-ce que finalement, ils ne sont pas pareils ?

Je trouve que c’est un livre très puissant, qui fait réfléchir sur la condition humaine et sur certains de nos actes, notamment la recherche scientifique, et aussi la pollution, la guerre, tout ce que l’homme a créé, avec son intelligence, mais pas forcément avec son cœur.

Traités à leur tour comme des animaux, Samantha et Raoul vont se mettre à réfléchir vraiment. Avant, la pression de la vie quotidienne, sa vitesse, ses multiples obligations, empêchaient toute réflexion profonde. Et paradoxalement, leur mise en cage va révéler leur vraie humanité.

Voir la condition humaine d’un point de vue non humain, c’est toute la force de ce livre.

Un livre qui n’est pas un roman, mais une pièce de théâtre. En effet, dans le texte il y a uniquement des dialogues et des indications scéniques.

C’est un ouvrage que je recommande absolument, parce qu’il est plein d’humanité et extrêmement bien écrit. Un petit chef-d’œuvre, à la Bernard Werber.

« Nos amis les humains » de Bernard Werber, éditions Albin Michel.

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Le poids des mensonges

Nous sommes dans une petite ville des États-Unis. Catlin est une jeune femme heureuse. Elle mène une existence tranquille entre son séduisant mari, qui est avocat, et le fils de ce dernier, Geordie.

Geordie vient tout juste d’avoir six ans et Catlin l’aime comme si c’était son propre fils. Elle le couve et le protège avec d’autant plus d’attention que l’enfant a perdu sa mère il y a quelques années dans un accident de la route.

Catlin espère atténuer la douleur de cette absence et semble très bien y parvenir puisque le soir de son sixième anniversaire, Geordie, pour la première fois, l’appelle Maman…

Ce soir-là, toute la famille, grands-parents, oncles, tantes et cousins fêtent l’événement. Tout ce monde a intégré Catlin, elle qui est sans famille depuis le décès de son jeune frère. Pour l’instant l’harmonie familiale est préservée….

Mais le lendemain matin, voilà que le petit garçon disparaît, alors qu’il aurait dû être à l’école. Catlin l’avait déposé dans son établissement scolaire, mais personne n’est capable de confirmer avoir vu l’enfant là-bas. Du coup, Catlin se retrouve suspecte… D’autant plus qu’elle a un lourd secret.

En effet, elle s’est bien gardé de révéler certains événements de son passé à son mari, et pourtant, ces événements le concernent directement, puisqu’il s’agit de la mort de sa première épouse.

Y a t-il un rapport entre ce passé et le kidnapping de l’enfant ? Oui bien sûr. Je laisse le soin au lecteur de le découvrir. De toute manière, on le découvre au fil du livre, Catlin n’est pas la seule à porter des secrets inavouables….

À mon avis, ce n’est pas le meilleur Patricia Mac Donald car je trouve que la trame est trop simple et le dénouement pas franchement étonnant. J’aurais aimé quelque chose d’un peu plus compliqué. Toutefois, il est difficile de décrocher jusqu’à la fin, tant le texte est bien ficelé.

« Le poids des mensonges » Patricia Mac Donald, publié chez Albin Michel

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Du sabre au sacre

Ce livre est le témoignage de Roland Vallée, psychologue et orthophoniste. Le témoignage d’une terrible agression subie à Madagascar, il y a deux ans. Mais aussi et surtout le récit de sa reconstruction, notamment grâce à la musicothérapie.

C’est tout le sens de cet ouvrage : chaque épreuve est un signal, une remise en question du sens de la vie, loin de ce qui est superficiel.

Le côté positif de cette agression (si je puis dire) est que Roland Vallée a réalisé à quel point sa vie est un cadeau précieux, un trésor inouï.

Revenons sur son histoire. En 2009, Roland Vallée vit à Madagascar. Un soir, il est attaqué, dans le dos, à coups de sabre : son bras droit est en grande partie sectionné.

Le choc, la colère, la peur et la souffrance font rapidement place à une forme de compréhension : c’est l’ignorance et la misère qui ont armé le bras de cet homme, un homme dont Roland Vallée n’a même pas vu le visage.

Au lieu de se focaliser sur son statut de victime, et se complaire dans des « pourquoi moi ? » qui ne trouveront jamais de réponses, il décide de prendre sa vie en main.

D’abord, par le biais de la musicothérapie. Il précise que la musique n’est pas une potion magique pour soulager les mots mais qu’elle est le support révélateur de l’énergie réparatrice qui est en nous. Cette thérapie finit d’ailleurs par le conduire à une recherche plus profonde de sens.

Roland Vallée l’avoue : à Madagascar, il s’était éloigné de ses valeurs profondes. Sa situation n’était pas en harmonie avec son parcours. En 2009, il vivait avec son épouse malgache une retraite dorée à Nosy Be. Le soir de l’agression, il venait de sabrer le champagne avec des amis. Une bouteille de champagne, écrit-il, équivaut à un mois de riz pour une famille. À l’époque, lui qui ne parlait même pas le malgache n’y pensait pas.

Petit à petit, au fil de sa reconstruction, Roland Vallée récupère progressivement l’usage de son bras droit mais surtout son énergie spirituelle, sa confiance et son équilibre psychique.

Ce livre retrace donc son parcours intérieur entre souffrance(s) et harmonie.

L’auteur donne des conseils pour les personnes ayant subi une épreuve et fournit un large répertoire de musique apaisantes. Mais, précise-t-il, chacun est libre de choisir la musique qui le transporte. Au cours des exercices de relaxation qu’il a effectués, il a pris des notes et livre ainsi ses impressions.

L’objectif de ce livre est d’aider les personnes en souffrance. Roland Vallée l’a compris : dans ce monde en effervescence, le véritable havre de paix se trouve en soi.

C’est en tout cas un très beau témoignage de volonté et d’espérance. Le message est que du sabre au sacre, il n’y a qu’un pas (ou une consonne). Il suffit de trouver la force en soi.

« Du sabre au sacre » de Roland Vallée, Morphologia éditions.

Site internet de l’auteur : http://www.rolandvallee.com

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Crains le pire

L’histoire commence paisiblement, dans une petite ville des États-Unis.

C’est le matin : un père, Tim, et sa fille Sydney, prennent leur petit-déjeuner ensemble.

Ils se chamaillent pour une bêtise. Rien d’extraordinaire, lorsque l’on sait que les parents de Sydney sont divorcés et qu’elle est une adolescente de dix-sept ans.
Mais le soir, Sydney ne rentre pas pour dîner. D’ordinaire, même fâchée, elle a toujours prévenu son père en cas de retard. Le téléphone de l’adolescente reste obstinément muet. Et Les jours passent…

Tim enquête pour reconstituer les dernières heures de l’emploi du temps de sa fille avant sa disparition. Il s’avère que l’hôtel où elle prétendait travailler pendant les vacances comme réceptionniste n’a jamais entendu parler d’elle. Du moins, c’est ce que raconte la directrice.

De plus, un mystérieux van est stationné devant le domicile de son ex-femme et de dangereux individus semblent poursuivre Tim.

Qu’a pu faire Sydney pour entraîner son père dans de telles péripéties ?

Au cours de son enquête, Tim va avoir de drôles de révélations : sa fille n’est pas forcément l’ado bien sage qu’elle paraît.

Connaît-on vraiment les personnes de son entourage, surtout celles qui sont le plus proches ? C’est la question qui est posée tout au long de ce roman. Un roman qui s’articule sur les relations parents/enfants, pas toujours faciles. Le personnage principal, bien campé au début dans ses certitudes, va comprendre progressivement que les enfants grandissent, -qu’on le veuille ou non-, et que les conséquences de nos actes passés peuvent être terribles.

Tim est déterminé à retrouver sa fille, quoi qu’elle ait fait, et il va soupçonner à peu près tout le monde : surtout le beau-père de Sydney et son incapable de fils. Mais aussi les amis de sa fille et même ses propres collègues de travail.

Il s’attend au pire, mais le pire n’est peut-être pas là où il le croyait…

Lindwood Barclay signe ici un livre intrigant, d’une écriture fluide accrochant le lecteur. La fin est peu convenue, ce qui m’a beaucoup plu.

Je déconseille de le lire le soir si on doit se lever tôt le lendemain matin, parce que quand on se plonge dedans, il est difficile d’en sortir.

« Crains le pire » de Lindwood Barclay, aux éditions Belfond.

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Issue fatale

C’est une compilation de 75 histoires, des histoires qualifiées d’inexorables. Sommes-nous maîtres de notre destin ? Interroge Pierre Bellemare. L’auteur a voulu montrer que dans certaines circonstances, des enchaînements de situations peuvent conduire, hélas, au pire.

Il y a l’histoire de ce vagabond aux États-Unis, qui décide d’aller plus au Nord pour y trouver de l’or. Il ne manque ni de courage, ni de volonté. Un jour, il est pris dans une tempête de neige. Il va mourir, se dit-il, en s’endormant doucement, gelé, au fond d’une grotte. Mais miracle, quelque temps après, il se réveille. Son dos le fait toutefois terriblement souffrir. Il s’aperçoit alors qu’il s’est allongé sur une jolie pierre aux reflets bleutés. Renseignements pris, cette pierre vaut bien plus cher que l’or : c’est du radium. Le vagabond est donc devenu très riche. Ce qu’on ignore à l’époque, -on est en 1942-, c’est que le radium est radioactif. Si la pierre a maintenu l’homme en vie en lui procurant de la chaleur, elle l’a aussi tué. Et le vagabond devenu milliardaire profitera finalement bien peu de sa fortune.

Autre histoire, celle de cet homme qui perd sa femme et ses cinq enfants lors de la Seconde Guerre mondiale. Malgré le drame, il décide de vivre et rencontre une charmante jeune femme qui lui fait trois beaux enfants. Mais quelques années après, l’arrivée d’un télégramme bouleverse sa vie : sa première femme est vivante, et ses cinq enfants aussi. Voilà cet homme pris dans les rouages de l’administration. Ne pouvant être bigame, il doit se séparer de l’une de ses épouses. Difficile pour lui de choisir entre sa première femme, son amour d’enfance, et la seconde. Finalement, le cœur brisé, il fait le choix qu’il estime le plus juste : celui de rester avec sa dernière épouse, car les enfants de son second foyer sont plus jeunes, et par conséquent ont plus besoin de lui.

Encore une histoire, -elles ne sont pas joyeuses mais invitent à réfléchir sur la conscience humaine- et sur les motivations qui nous poussent : en 1970 aux États-Unis, un couple qui ne peut pas avoir d’enfants décide de faire appel aux services d’une mère porteuse. La femme composant le couple, Marjorie, n’est pas très emballée par le procédé, mais, par peur de perdre son mari, -car c’est elle qui est stérile-, elle accepte. Voilà donc l’enfant qui grandit dans le ventre de sa mère porteuse. Mais au moment de la naissance, Marjorie ne veut pas voir l’enfant, cet enfant qui n’a rien d’elle. Son mari se rend tout de même, fou de joie, à la maternité. Seulement, les médecins détectent chez le bébé un retard de développement. Du coup, le père, -enfin si on peut l’appeler comme ça- ne veut plus de l’enfant. Il avait signé un contrat pour avoir un enfant en bonne santé, dit-il, le contrat est rompu. Après son moment de faiblesse, Marjorie se reprend et déclare qu’elle souhaite l’enfant : c’est le sien, qu’importe s’il est handicapé, elle ne l’a pas porté mais attendu avec tellement de ferveur. Le problème, c’est qu’au niveau de la loi, elle ne représente rien pour le nourrisson. La seule qui peut prendre la décision de le garder ou non est la mère biologique, ironiquement, la seule qui ne voulait pas de cet enfant dès le départ et qui n’en veut toujours pas. Ce qui devait fatalement arriver arrive : l’enfant est placé, certainement jamais adopté. Marjorie se bat pendant un certain temps pour le récupérer, mais en vain. Elle se lasse et passe à autre chose. Ne reste qu’un enfant qui n’a rien demandé mais qui avait besoin, comme tout le monde, d’un peu d’amour.

Pas très gai mais tellement intéressant à lire. Pierre Bellemare a une plume directe et simple qui touche le cœur.

Pierre Bellemare avec Marie Thérèse Cuny, Jean-Marc Épinoux et Jean François Namias : « Issue fatale » édité par Albin Michel.

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